Origines : au moyen-âge

Les Arbalétriers ont un long passé : nous avons cru bon de proposer au lecteur quelques exemples susceptibles de lui donner une idée précise des activités de l'ancestrale compagnie.

En 1467, et plus exactement le 18 août de cette année, les visétois firent un incursion sur le territoire de Dalhem. Selon toute vraisemblance, il s'agissait d'Arbalétriers puisqu'ils marchaient derrière la bannière de Saint-Georges. Outrés par les sanctions prises par le Téméraire contre la ville de Dinant, les Visétois avaient décidé de braver le Prince en envahissant un domaine relevant de son autorité, en l'occurrence le comté de Dalhem. Ainsi vont-ils piller le village de Berneau, aidés par des Liégeois venus à la rescousse. Suite à cet assaut, les Limbourgeois se réfugièrent dans la tour de Bombaye. Les Visétois y mirent le feu. On put sauver les femmes et les enfants au moyen de cordes :les hommes furent brulés vifs, trucidés sur place ou pendus.

Bataille de Crécy 1346 - Chronique de Froissart Bib. Nat. Paris Dans le même ordre d'idée, on trouve une légende du quatorzième siècle qui fait jouer un rôle aux Arbalétriers. "Un Seigneur d'Argenteau s'était épris d'une des vassales employée au passage d'eau de la Meuse et fiancée à un Arbalétrier de Visé. La jolie batelière ayant repoussé les avances du Seigneur, il l'enleva et la jeta dans l'un des souterrains du château. Après avoir abusé de la jeune fille, il l'assassina et précipita son corps dans la Meuse. Le jeune Visétois, altéré de vengeance, courut demander de l'aide aux Arbalétriers qui vinrent assiéger le manoir et le renversèrent de fond en comble"...

Peut-être faut-il mettre cette légende en rapport avec la guerre qui opposa Renald, Seigneur d'Argenteau et les Liégeois ? Ce conflit engendra la ruine du donjon en 1347. Ou bien est-ce un écho des luttes de Visé contre Gérard, successeur de Renald, luttes qui nécessitèrent l'appui des Liègeois en 1379 ? Les soldats du Prince-Evêque jetèrent un pont de bois sur la Meuse à hauteur de Visé pour venir plus facilement en aide aux habitants contre les incursions de la garnison d'Argenteau.

Document illustrant l'équipement des Arbalétriers de cette époque
L'histoire de la gilde pose un problème : y a-t-il eu oui ou non deux compagnies d'Arbalétriers à Visé ?   Mathieu considére que oui.

Selon lui, la première compagnie aurait été constitué de "vieux" Arbalétriers, champions de la noblesse. La seconde, les "jeunes" Arbalétriers, se serait plutôt recrutée dans le peuple. Les premiers, très hostiles aux seconds auraient été cassés par le magistrat, mais rétablis en 1559 par Ernest de Bavière. De leur côté, les "jeunes" Arbalétriers auraient été dissous, et ils auraient formé plus tard un corps d'Arquebusiers.

En fait, dans les archives que nous possédons, il n'est nulle part fait mention de deux compagnies, Dans un ancien registre de la gilde des Arbalétriers visétois, une indication intéressante, datant du début du seizième siècle, fait allusion à la "confraterniteit Saint-Georges des Albalestries de Viseit sur Mouse" : on trouve aussi le terme compagnie des Arbalétriers...

Plus tard quand les Arquebusiers furent créés, apparaît la dénomination compagnie des anciens Arbalétriers : comme l'a bien montré Ceyssens, c'est le terme "ancien" qui est à l'origine de la confusion. Il n'est pas synonyme de "vieux" opposé à "jeunes", mais il est seulement l'indice d'un droit d'ancienneté reconnu aux Arbalétriers face aux Arquebusiers.

L'hypothèse selon laquelle les "jeunes" auraient constitué un corps d'Arquebusiers reste peu vraisemblable car la gilde cadette fut fondée en 1580 c'est-à-dire avant la prétendue métamorphose. C'est en 1580 en effet, qu'à la demande de quelques bourgeois, le magistrat accorda l'autorisation nécessaire.

Les deux compagnies, celle des Arbalétriers et celle des Arquebusiers, furent chargées de défendre la ville. Matthieu et Delvaux affirment que le droit d'ancienneté reconnu aux Arbalétriers leur réservait le privilège de marcher en tête des combats, tandis que les Arquebusiers gardaient les remparts.

Ceyssens croit plutôt que la garde et la défense de la ville étaient assurées par trois compagnies recrutées d'après les quartiers, ce qui laisse supposer que les corps de défense et d'attaque étaient mixtes. De toute façon, à cette époque (dès le seizième siècle), les Arbalétriers étaient armés d'arquebuses...

Arquebuse militaire du 16ième Siècle


Jamais les deux compagnies ne s'entendirent. Ces conflits firent que plus d'une fois, les rues de Visé furent ensanglantées. L'aspect sociologique de l'enquête dialectologique menée en fin de travail révèlera combien cette inimitié a résisté à l'emprise des ans et subsiste encore dans cette ville où toutes les vieilles familles sont représentées dans l'une ou l'autre compagnie.

A ce propos, citons une cause célèbre qui, aux dix-huitième siècle défraya la chronique liégeoise : "L'affaire Sartorius".

Il s'agit d'un procès criminel intenté à Henri-Eustache Sartorius (les Sartorius étaient une bonne famille visétoise, d'origine allemande, dont les membres avaient exercé différentes fonctions municipales : le père de l'accusé notamment, avait été bourgmestre de Visé), à qui on reprochait l'assassinat le 19 décembre 1771 de Marie-Madeleine Warrimont, une jeune visétoise.

Si l'on étudie l'affaire de près, on remarque que les témoins à charge les plus acharnés sont les Arbalétriers. Si l'on sait les sympathies de la famille Sartorius pour les Arquebusiers - le père de l'inculpé était Lieutenant dans cette compagnie - on peut mesurer l'ampleur d'une rivalité à bien des égards excessive.

Certains ont laissé entendre, nous l'avons vu, que les Arbalétriers se recrutaient dans les classes privilégiées...

Voilà une hypothèse invérifiable. La seule chose que l'on puisse affirmer avec certitude, c'est que ce fut sans doute le cas à une certaine époque.

Tir à la perche au 16ième siècleEn effet, un article du règlement de l'année 1600 stipule que le Roy de la compagnie devait lui fournir lors de son investiture, un demi-mouton, un demi-veau, et une tonne de cervoise. Comme on sait que chaque membre, grâce à son adresse, avait la possibilité de devenir Roy , il apparaît que la majorité des confrères devaient être fortunés. En a-t-il toujours été ainsi ? Personne ne le sait.

De leur côté, les Arquebusiers auraient été les défenseurs des libertés populaires, et ils auraient été sensibles aux nouvelles idées religieuses . Voilà autant d'affirmations sujettes à caution et qui ne sont pas suffisamment fondées pour expliquer la haine qui animait les deux compagnies.


Codex Picturatus de Baltazar Behem 1505 - Cracovie ->

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